Stéphanie Will, réussir sa vie Vs réussir dans la vie

Stéphanie Will, réussir sa vie Vs réussir dans la vie

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© Photo Felecia Dunson

 

On avance tous pétris de certitudes et d’idées préconçues sur ce que doit être une carrière, la réussite, l’épanouissement. Et puis la vie se charge de nous percuter de plein fouet, nous obligeant à déconstruire nos schémas bien cadrés et tout tracés. Et à aller creuser au fond, tout au fond, qui nous sommes vraiment, et ce pour quoi nous sommes faits réellement.

Aujourd’hui je voudrais vous faire rencontrer une chef d’entreprise dont le parcours, autant que le talent, sont les preuves incarnées que réussir sa vie ne tient ni aux diplômes, ni aux lignes droites, ni aux cases dans lesquelles on veut bien nous mettre au départ.

Fac de philo, serveuse, vendeuse, reprise d’études de communication sur le tard, aujourd’hui à la tête d’une florissante agence d’assistants d’élite, Stéphanie Will nous démontre que du rêve à la réalité, il n’y a qu’un pas et il est immense : celui de la volonté.

 

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© Photo Nadine Court

 

« J’ai changé de vie plusieurs fois,
je me suis souvent trompée,
mais j’ai toujours recommencé »

 

Bonjour Stéphanie, peux-tu nous raconter le parcours qui t’a menée à créer il y a 4 ans ton entreprise, SW&Vous ? 

« Qui je suis ? Je suis une intellectuelle, pour répondre à la façon de Laure Adler. J’ai fait des études de philo à Bordeaux III, que j’ai dû abandonner parce que le système ne peut pas absorber les étudiants-salariés. Mariée à 21 ans, j’avais déjà depuis plusieurs années un job pour payer mon toit. Pendant près de 10 ans j’ai été serveuse, vendeuse et j’en passe…

C’est un bilan de compétences qui m’a ramenée à l’école, vers une formation universitaire diplômante. Je me disais que je ne pouvais pas vieillir dans un poste non-qualifié, qu’il y avait une erreur de casting.

C’est pour trouver un métier où je puisse écrire que je me suis tournée vers un DUT communication des entreprises, formation pionnière en stratégie de communication web alors que nous étions au sommet de la 1ère bulle internet. J’ai d’abord été assistante de communication dans une DirCom institutionnelle.

Pendant 5 ans, tous les projets sur lesquels j’ai assisté les chefs de projet, les décideurs et les créatifs, ont été en rapport avec le cinéma ou la télévision. Je voulais percer dans l’audiovisuel : à une époque, mon grand rêve était de bosser à TF1 !

Hyper expérimentée mais peu diplômée, très autonome dans les tâches qu’on me confiait, sans carnet d’adresses qui puisse vraiment m’ouvrir les portes, je suis devenue le mouton à 5 pattes qui se retrouvait toujours à l’ANPE en fin de contrat. Ce constat m’a faite entrepreneure en 2008. Ca, et ma fille, qui m’a vraiment poussée à me dépasser professionnellement – pour avoir quelque chose à transmettre plutôt que rien (le point de départ de la philosophie !).

 

SW&Vous est un concept innovant que tu as créé de toute pièce. Comment expliques-tu que ton entreprise ait marché si vite ? Sur quels piliers as-tu bâti ta réussite, à la fois en tant que chef d’entreprise, femme et maman ?

J’ai d’abord analysé mon parcours professionnel en comprenant que j’avais
1. une grande force de travail
2. une compétence en com institutionnelle/corporate bien en place
3. des capacités relationnelles qui me permettaient d’entrer en caméléon dans des équipes projet très diverses.

Des équipes où ma contribution à la réalisation des objectifs est concrète : je suis un support qui facilite (l’équipe peut se reposer sur moi) ET je suis une experte qui contribue au projet (j’apporte mon savoir-faire de communicante et ma technique de coordinatrice).

J’ai un rôle au sein d’une organisation pour laquelle je suis à la fois en veille et en production : je suis donc pleinement dans le service, ce qui est extrêmement intéressant à valoriser en offre commerciale.

Aujourd’hui, je travaille essentiellement pour des TPE de moins de 20 salariés, mais qui m’ont déjà conduite chez des grands comptes. L’objectif se partage entre la planification/le suivi d’un déroulé projet et la mise en oeuvre d’un lancement de nouveau produit, service ou d’une refonte de stratégie de communication.

Avoir réussi « vite » est à la fois vrai et faux. Certes, dès mon premier exercice test, en couveuse, j’ai dépassé les 32000€ de CA (plafond de la micro-entreprise). Je ne m’y attendais pas car j’étais incapable de remplir un prévisionnel de mes ventes, mais j’ai toujours eu de bons prescripteurs qui opèrent un relais très qualitatif vers moi.

L’idée originale, qui consiste à proposer un profil d’assistant d’élite – à la fois facilitateur et expert – je l’ai eue dès 2006, sur mon dernier emploi salarié qui se terminait dans la douleur (toujours en CDD, toujours pressée comme un citron et payée au SMIC…). Puis j’ai voulu un enfant. Je n’ai pas travaillé un seul jour de ma grossesse. Tout ce temps, j’ai réfléchi.

Attendre ma fille m’a fait prendre ma décision : oui, je deviens indépendante. Je ne veux plus être la chair à canon du marché. Donc entre la genèse de l’idée et la mise en oeuvre, il y a eu 2 ans. C’est le temps « réglementaire », celui que j’annonce aux porteurs de projet qui m’abordent. Ca a été le temps de ma mue, aussi.

 

Comprendre mes forces,
comment les mobiliser,
et toujours viser le vrai:
ma vérité, ce pour quoi je suis faite

 

En grec platonicien, c’est l’ergon.

 

Quelles embûches as-tu rencontrées au long de ton parcours ?
Comment les as-tu contournées ?

Pour répondre d’une manière globale, je dirais que la principale embûche : c’est soi-même, notre meilleur ennemi. J’ai été très marquée par le film « Black Swan », qui pour moi dit tout de la façon dont on se sabote au moment-même où l’on exprime le meilleur de soi, sa raison d’être.

Tous les moments où j’ai stagné, où ma lumière a blêmi, sont les moments où j’ai perdu confiance en moi et en ma capacité à être moteur. La crainte d’être seul ou de perdre la face nous pousse au conformisme.

J’ai toujours contourné les embûches en me recentrant sur moi et mes besoins, et en suivant les leaders qui m’ont inspirée à un instant T. Ce fut par exemple mon professeur de conduite de projet, à l’IUT, Pierre Birlichi, ou plus tard Béatrice Cuvelier, experte en Personal Branding, concept sur lequel j’ai basé ma communication de créatrice d’entreprise…. J’en ai croisés beaucoup.

Le hasard et la chance ont donc toute leur place ici, même si à la base, c’est une hygiène de vie, une hygiène mentale. Il faut être humble, à l’écoute et dans la découverte d’autrui et de ce qui se passe dehors. Mais cela tout en assimilant intelligemment, sans s’y perdre, en étant lucide et claivoyant sur les pièges tendus aux débutants.

Et il ne faut pas avoir peur du labeur. J’ai changé de vie plusieurs fois, je me suis souvent trompée, mais j’ai toujours recommencé.

 

Membre active, entre autres, du réseau Maman Travaille qui milite pour la place des femmes dans l’entreprise, tu défends aussi l’importance de transmettre un modèle épanouissant à nos enfants. Peux-tu nous en dire plus ?

Je préciserai en disant que Maman Travaille est un réseau qui affirme qu’une femme ne doit pas être freinée dans sa carrière sous prétexte qu’elle est aussi mère. Et qu’une femme qui s’est préparée à une carrière ou qui a un potentiel lui permettant une évolution ne doit pas soudainement repartir de zéro ou renoncer, sous prétexte d’incompatibilité avec la charge familiale.

Au début de leur carrière, les hommes ne voient que l’horizon. Une carrière de femme est toute en creux et en bosses. Or la parentalité, comme l’équilibre vie pro/vie perso, est une problématique mixte. Personne n’est dispensé d’apporter sa contribution à ces progrès sociaux et politiques.

La transmission mère-enfant quant à son indépendance, son autonomie financière, son ambition à être « une » et pas « la moitié de », qualités acquises dans l’épanouissement et la reconnaissance du rôle de mère active, est un héritage qui profite à l’enfant et le fait grandir dans la confiance. En ce qui me concerne, je ne voulais pas que ma fille découvre avec le temps une mère qui subit sa vie professionnelle, et n’a que des regrets.

 

Quels conseils de chef d’entreprise expérimentée donnerais-tu à celles et ceux qui veulent se démarquer et réussir, tout en restant fidèles à eux-mêmes ?

Quand on est en marge, on le sait en général depuis toujours. Il faut cependant identifier son fameux meilleur ennemi : quelle est la part d’ombre en soi, pas forcément à 100% négative, mais qui va nous tirer vers le bas et nous contraindre dans la réalisation de nos objectifs.

Les coaches nous encouragent à travailler nos points forts et à ne pas s’épuiser sur nos faiblesses. C’est vrai, mais il faut identifier ses faiblesses. Et parfois on a des surprises. J’ai longtemps cru que je n’étais pas capable parce que j’avais besoin de longues périodes de maturation. Je me disais que je finissais toujours par refaire ma marmotte improductive.

Suite à un coaching basé sur la Process Com, en phase de démarrage de ma société, quand je montais en puissance sur la production mais en entrant en défaillance sur le mental, j’ai compris ma dualité de « contemplative sur-active ».

Je suis efficace parce que je sais m’arrêter et tout assimiler, tout ressentir – en prenant le temps nécessaire. Et parce que je peux être très rapide, compulsive sur les dossiers et jouer une partition de A à Z. Ces deux profils font que je suis celle que je suis, se nourrissent mutuellement, me nourrissent, et ne s’annulent pas même si, pris isolément, ils sont très contradictoires.

 

Me connaître me fait assumer
pleinement ma singularité
et tout le cortège d’éléments
différenciants qui va avec :

 

• savoir-dire non
• afficher sa couleur
• choisir ses clients
• ne pas être un suiveur

Mon conseil aux êtres de décision, visionnaires, que sont les entrepreneurs : nous sommes dans un monde où tout le monde a peur et où personne ne saura mieux que vous ce que vous êtes et ce que vous pouvez faire. Si votre expertise est sous contrôle, vous avez la main pour être le meilleur.

Personne ne vous donnera le top départ, mais tous ceux qui vous reconnaîtront, même seulement une poignée de gens, donneront du sens à votre engagement et valideront la grande acuité de votre savoir-être. Celui-là même qui, avec eux, fera toute la différence, dans une équation parfaitement inédite et introuvable ailleurs.

Et ce succès-là, il est reproductible. Si vous avez su en une fois réunir les conditions, les éléments sont connus de vous et vous pourrez les mettre en oeuvre encore et encore pour reproduire le succès de votre expérience client. Une entreprise qui ne ressemble qu’à vous est née ! ».

 

 

Stéphanie a un blog passionnant que je vous invite à découvrir en cliquant sur le lien. Outre la qualité de sa plume, elle y parle avec pertinence et sans langue de bois de son métier, et des joies et difficultés de l’entrepreneuriat.

Enfin, par les temps rudes qui courent, je ne peux que vous encourager à capitaliser sur votre différence pour vous développer professionnellement. Parce que de cette intégrité découle l’essence même de ce qu’on recherche tous derrière le mot réussite : la sensation d’être à sa place, utile aux autres et en accord avec ses valeurs et convictions.

Merci Stéphanie et n’hésitez pas à partager avec nous vos réflexions sur le sujet !

 

16 Commentaires

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    Stelda

    C’est terrible : j’ai l’impression de lire une partie de mon parcours… Et c’est rassurant : je peux continuer à avancer, le chemin n’est pas barré! Je vais lire le blog de Stéphanie. Merci à toutes les 2 pour cette belle interview!

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      Céline

      Stelda, le chemin n’est jamais barré, il faut juste parfois le prendre autrement… Merci à toi et à bientôt !

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    Sandra

    Quel beau témoignage ! Je suis vraiment touchée par ses mots… Je crois que j’avais besoin « d’entendre » ça, étant moi-même en reconversion/réflexion/agitation depuis près d’un an 😉 Je lirai à coup sûr son blog. Merci Céline pour ce moment très inspirant !

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      Céline

      Super, l’interview remplit donc bien sa mission : montrer que les choses sont possibles. A bientôt Sandra !

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      Stéphane

      Superbe parcours plein d’humanité et de détermination. Très motivant pour les lecteurs.

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    Nadege

    Très bel article comme toujours !
    Tout à fait d’accord sur les 2 ans de maturation du projet.

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      Céline

      2 ans en moyenne, c’est ça… De l’extérieur on pense toujours démarrer une entreprise est rapide, c’est sans compter tout le temps préalable de réflexion/cogitation/hésitations. Pour ma part ce fut 5.

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      Céline

      🙂

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    Manon G.

    Le titre a attisé ma curiosité ^^ J’ai trouvé cet article très intéressant, merci =)

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      Céline

      De rien !

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    SL

    Excellent! J’ai eu un grand plaisir à découvrir le parcours et l’analyse qu’elle en fait de cette femme magnifique 🙂

    Merci j’ai trouvé ça très enthousiasmant en même temps que profond.

    Bises,

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      Céline

      Une bien belle leçon de vie que nous a offerte Stéphanie. En espérant que ce soit profitable au plus grand nombre. A bientôt SL !

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    Flo

    Thank you very very much…

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    Stéphanie Will

    … Pour ma part je vous remercie chaleureusement pour vos commentaires. Comme je remercie vivement Céline pour son invitation à être vraie et authentique pour son blog, donc pour vous. En confiance totale à son contact, j’ai été un peu plus loin dans l’explicitation de mon parcours que je ne l’avais fait auparavant, et je ne le regrette pas. Imaginer une seule seconde que cela « serve » et nourrisse d’autres histoires est une formidable récompense.
    Par ailleurs, permettez-moi de m’excuser pour le relatif courant d’air sur « mon blog passionnant » ces derniers temps, j’y remédie et je ne manque pas d’informer les nouveaux abonnés de ma newsletter.

    Bien sincèrement,

    Stéphanie.

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    Aurélie LE GRAND

    Merci pour ton histoire et ton parcours Stéphanie. A lire « Quand on est en marge, on le sait en général depuis toujours ». Comme je comprends et comme c’est important, plus que de savoir que l’on est différent, de l’accepter et de comprendre pourquoi, pour être soi et en être fier.

    Etre entrepreneur me permet chaque jour d’être moi, de donner cette énergie que je sens en moi !

    Merci à toutes les 2!

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